L’Urbex, ou exploration urbaine, est une pratique en pleine croissance qui consiste à explorer les lieux abandonnés de la ville. Mais comment est née cette passion pour l’architecture délaissée et les bâtiments en ruine ? Quels ont été les facteurs qui ont contribué à son développement ? Cet article se propose de faire un voyage à travers le temps pour découvrir les origines de l’Urbex.
L’objectif de cet article est de plonger dans l’histoire de l’Urbex pour comprendre les éléments qui ont permis son émergence et son développement. Nous allons explorer les premières explorations urbaines, les années qui ont vu son émergence en tant que pratique culturelle et les perspectives pour l’avenir de l’Urbex.
Des inspirations très anciennes
Au cours des années 20, les artistes et les photographes ont commencé à s’intéresser aux bâtiments délaissés pour en faire le sujet de leur travail. Ce mouvement artistique a été influencé par le fauvisme et le cubisme, qui encourageaient la créativité et la non-conformité. Les premières photos d’architectures abandonnées ont ainsi été prises et ont suscité un vif intérêt pour ce type de sujet.
Au début du XXème siècle, l’architecture abandonnée était encore relativement nouvelle et fascinante pour les artistes et les photographes. Lors de cette période, la plupart des villes du monde occidental étaient en expansion rapide et les bâtiments abandonnés étaient considérés comme une opportunité pour les artistes de s’exprimer. Le fauvisme et le cubisme étaient les mouvements artistiques les plus populaires de l’époque et les premières photos d’architectures abandonnées ont commencé à être prises.
Les années 40 : L’apogée de la guerre et la détérioration des bâtiments abandonnés
Avec l’arrivée de la Seconde Guerre mondiale, la plupart des villes ont subi de graves dommages et les bâtiments abandonnés ont commencé à se dégrader. Cependant, certains artistes et photographes ont continué à les explorer, considérant que leur décrépitude offrait une source d’inspiration unique. Les premiers livres sur l’architecture abandonnée ont également été publiés à cette époque, mettant en lumière l’importance de ce sujet pour la culture et l’histoire de l’humanité.
L’essor de la culture punk dans les années 70
Dans les années 70, l’essor de la culture punk a également contribué à l’intérêt pour les bâtiments abandonnés. Les expressions artistiques subversives étaient encouragées et les squats alternatifs, les concerts et les activités alternatives ont permis à la culture punk de se développer et de s’exprimer. Les bâtiments abandonnés ont été vus comme des espaces alternatifs pour l’expression artistique et la découverte.
Il est important de noter que les squats alternatifs ont connu une augmentation significative dans les années 70, atteignant un pic de plus de 1000 squats en 1980 en France. Cette explosion des squats punk a permis à un large public d’accéder à des concerts gratuits et des expositions d’art alternatif, ce qui a contribué à faire connaître les bâtiments abandonnés et à les utiliser comme source d’inspiration pour les artistes.
Le mouvement punk est né au milieu des années 1970 en réponse à la crise économique et politique de l’époque ainsi qu’à l’ennui généralisé des jeunes générations. C’était un mouvement subversif qui célébrait l’individualité, la liberté et la non-conformité. Les squats étaient des bâtiments abandonnés occupés par des personnes sans abri ou des groupes marginaux en quête de liberté et de communauté. Les squats servaient de centres de création pour les artistes punk et les musiciens, permettant ainsi à ce mouvement de s’exprimer et de se développer. Les concerts et les événements organisés dans les squats étaient souvent des moments de rassemblement pour les partisans du punk, qui y exprimaient leur colère et leur frustration face à la société. Le mouvement punk était différent des autres mouvements de l’époque car il était plus anarchique, plus spontané et plus subversif. Il a influencé de nombreux autres mouvements culturels et artistiques et reste encore aujourd’hui un symbole de la rébellion contre les institutions établies.
L’aventure et l’excitation comme moteur
Les sociétés modernes sont caractérisées par un désir d’aventure et d’évasion qui s’exprime dans différentes formes. L’exploration urbaine abandonnée en fait partie. Les bâtiments abandonnés attirent les explorateurs urbains pour plusieurs raisons. Tout d’abord, ils représentent un défi, une invitation à explorer de nouveaux environnements et à découvrir des histoires cachées. En outre, l’exploration urbaine peut avoir un impact émotionnel profond en offrant une opportunité de se connecter avec son passé et sa propre histoire.
L’exploration urbaine abandonnée peut également stimuler le système de récompense du cerveau en produisant des niveaux accrus de dopamine, un neurotransmetteur lié à la motivation, à la récompense et à l’excitation. Braver l’interdit peut également être excitant pour les explorateurs urbains, car cela les place en situation de transgression et renforce leur sentiment d’accomplissement.
Les sources d’inspiration culturelles peuvent également jouer un rôle important dans l’attrait de l’aventure urbaine abandonnée. Au cours des années 80 et 90, les films d’aventure tels que « The Goonies » et les séries télévisées comme « MacGyver » ont suscité l’intérêt pour l’exploration et la découverte. De même, les jeux vidéo tels que « Resident Evil » ou « Silent Hill » qui se déroulent dans des environnements abandonnés ont stimulé l’imagination des joueurs et suscité leur désir d’explorer des lieux similaires dans la vraie vie.
La naissance de l’urbex moderne
Si on devait retenir un nom, on retiendrait sûrement le nom de Ninjalicious, de son vrai nom Jeff Chapman, est considéré comme le pionnier de la pratique de l’exploration urbaine. Né en 1970, il a développé un intérêt pour les bâtiments abandonnés à un jeune âge, et s’est rapidement impliqué dans la communauté en ligne des urbexeurs. Il a fondé le site web Infiltration.org en 1997, qui est devenu un site de référence pour les personnes intéressées par cette pratique.
Ninjalicious est surtout connu pour ses écrits sur l’exploration urbaine. Il a publié une série de livres, le plus célèbre étant « Access All Areas: A User’s Guide to the Art of Urban Exploration ». Ce livre, publié en 2003, est considéré comme le manuel de référence pour les urbexeurs débutants et expérimentés. Il détaille les techniques et les principes de l’exploration urbaine, ainsi que les dangers potentiels et les moyens de les minimiser.
L’héritage de Ninjalicious dans la communauté de l’Urbex est incroyablement important. Ses écrits ont inspiré de nombreux urbexeurs, et son site web a continué à être un point de référence pour la communauté après sa mort en 2005. De plus, sa détermination à partager ses connaissances et son amour pour l’exploration urbaine de manière respectueuse et responsable a influencé la façon dont de nombreux urbexeurs perçoivent cette pratique aujourd’hui. . Il a également établi un code éthique pour l’Urbex, soulignant l’importance de respecter les propriétés et de ne pas causer de dommages
L’urbex est devenu de plus en plus populaire au cours des dernières années en raison de la médiatisation accrue de cette pratique. Des émissions de télévision, des films, des conférences et des expositions sur l’exploration urbaine ont présenté ce passe-temps à un public plus large. En outre, avec l’augmentation de la popularité du numérique et des réseaux sociaux, de nombreux sites web pour les explorateurs urbains professionnels et amateurs ont été développés pour partager des conseils et des emplacements.